| Une sténose
pour le moins inhabituelle!
Une patiente de 50 ans d’origine vietnamienne, connue
pour hypertension bien contrôlée, se présente
à l’urgence pour pyélonéphrite
droite. Suite à une réhydratation intensive,
elle a développé un oedème aigu du
poumon associé à une poussée d’hypertension
très sévère. Le traitement approprié
corrige rapidement la situation.
L’examen physique montre alors une surcharge pulmonaire,
ainsi que des pouls périphériques aux membres
inférieurs diminués associés à
un B4 cardiaque, mais pas de souffle carotidien, ni abdominal.
Par contre, la patiente ne se plaint pas de claudication
intermittente. L’examen vasculaire cervical et des
membres supérieurs est normal. Dans le contexte,
une échographie cardiaque est pratiquée. Cet
examen montre une hypertrophie ventriculaire gauche concentrique
sévère, fraction d’éjection du
ventricule gauche normale à 65% et dysfonction diastolique
modérée. Les valves sont normales.
Cette patiente a comme antécédent une hypertension
bien contrôlée, mais ceci n’a pas toujours
été le cas. En effet, son hypertension est
subitement devenue très difficile à contrôler
il y a 3 ans. L’investigation à cette époque
montrait des reins asymétriques (9.8 cm à
gauche et 11.8 cm à droite) soulevant la possibilité
d’une sténose de l’artère rénale
gauche. En effet, une angiographie avait ensuite montré
une sténose ostiale de l’artère rénale
gauche comprenant une plaque irrégulière et
partiellement ulcérée de 0.5 cm obstruant
85% de la lumière de l’artère rénale
gauche. Une angioplastie avec pose d’un stent avait
alors été faite avec succès. Sur cet
examen, l’aorte montrait une athéromatose modérée
avec quelques calcifications pariétales. La fonction
rénale de cette patiente a toujours été
normale.
Étant donné la présentation clinique
de la patiente, une investigation pour suspicion de sténose
des artères rénales a été entreprise.
Premièrement, une échographie rénale
montre toujours l’asymétrie rénale au
dépend du rein gauche qui est stable (figure 1 et
2). Une scintigraphie rénale standard montre une
fonction rénale normale, mais une asymétrie
au dépend du rein gauche qui est assez frustre. Il
n’y a pas de signe de sténose des artères
rénales sur cet examen (figure 3). Un angio-scan
a alors été fait. L’examen sans injection
montre une calcification très étendue de l’aorte
thoracique (figure 4 et 5) et abdominale (figure 6), ou
on peut voir l’endoprothèse dans l’artère
rénale gauche. Cette atteinte athéromateuse
s’exprime surtout par des calcifications pratiquement
concentriques. Ceci provoque un rétrécissement
du calibre de l’aorte, surtout juste au-dessus de
l’hiatus diaphragmatique (figure 7 et 8). La lumière
résiduelle à cet endroit est infra centimétrique.
Cette trouvaille a été confirmée au
scan injecté (figure 9), qui montre aussi des artères
rénales normales bilatérales, mais une sténose
modérée de l’artère mésentérique
supérieure.
Afin de compléter le bilan, la patiente a subi un
doppler artériel des membres inférieurs qui
montre une démodulation des ondes fémorales
bilatéralement avec un gradient de 74mmHg entre la
pression de la cuisse et la pression brachiale témoignant
de la sténose de l’aorte thoracique distale.
Le reste de l’examen ne montrait pas d’atteinte
infra-inguinale surajoutée. Les index tibio-humérales
étaient de 0.45 à droite et 0.47 à
gauche.
Finalement, aux laboratoires : le calcémie a toujours
été normale, PTH normale, électrophorèse
de protéine sérique tout à fait normale.
Protéine C-réactive normale il y a 3 ans,
élevé à 44 lors de sa pyélonéphrite
puis retour à la normale quelques semaines plus tard,
ce qui est tout à fait parallèle aux résultats
de la vitesse de sédimentation.
Quel est votre diagnostic?
Les diagnostics possibles sont les suivants :
Concernant la sténose de l’aorte thoracique
distale :
-Athéromatose simple mais très sévère
avec calcification extraordinaire focalisée sur l’aorte.
-Artérite de Takayasu ancien, apparemment inactif
actuellement, mais dont on voit les conséquences
(le plus probable). Ce qui est atypique pour un Takayasu:
le degré de calcification et l’absence de composante
anévrismale.
Étant donné que la patiente n’est apparemment
pas symptomatique, il n’y a pas eu de biopsie endovasculaire.
Par contre un écho-doppler des artères carotides
et sous-clavières aurait pu être fait pour
mesurer l’épaisseur de la paroi. Si elle est
normale, ceci serait un argument allant à l’encontre
du diagnostique de Takayasu.
Concernant l’œdème aigu du poumon :
-Poussée hypertensive sur une récidive de
la sténose de l’artère rénale
gauche (écartée au bilan).
-Sur la dysfonction diastolique suite la réplétion
volémique.
Concernant le fait que la patiente est asymptomatique de
son état, notamment pas d’insuffisance rénale,
pas de signe de sténoses bilatérales des artères
rénales et pas de claudication intermittente :
-Collatéralisation de novo (qui n’a pas été
mise en évidence à l’angio-scan).
-Vascularisation collatérale provenant des artères
sous-costales (le plus probable).
Options thérapeutiques
L’HTA de la patiente a très bien répondu
au traitement médical. Un inhibiteur de l’enzyme
de conversion a pu être introduit à haute dose
sans engendrer de baisse de la fonction rénale qui
est demeurée normale et stable. Sa pression artérielle
est demeurée facile à contrôler avec
3 médicaments
Une angioplastie percutanée de la sténose
de l’aorte thoracique (figure 7 et 8) a été
envisagée, mais étant donné que la
patiente est totalement asymptomatique de cet état
il a été décidé d’observer
la patiente mais de la revoir de façon rapprochée
à la clinique externe.
Au suivi, une corticothérapie sera envisagée
si la patiente devient inflammatoire sans autres explications.
Aussi, un stent aortique sera envisagé si une nouvelle
chute de l’index tibio-humérale se produit,
surtout en présence de symptômes.
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Figure 1
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Figure 2
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Figure 3
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Figure 4
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Figure 5
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Figure 6
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Figure 7
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Figure 8
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Figure 9
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Michel Vallée MD, PhD, Néphrologue, Hôpital
Maisonneuve-Rosemont, Professeur adjoint, Faculté
de Médecine Université de Montréal
Denis Ouimet MD, Néphrologue, Hôpital Maisonneuve-Rosemont,
professeur agrégé de clinique, faculté
de Médecine Université de Montréal
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